LE RG 1 RADIOGONIOMETRE MOBILE ONDES COURTES S.F.R. 1945
article de Christian CHEFNAY F9WT
La Société Française Radio-Electrique ( S.F.R.), fondée en 1910 par l’ingénieur Emile Girardeau ( 1882-1970) , sous la présidence technique d’Edouard Branly, assura l’essor de l’industrie française dans le domaine de la radioélectricité et produisit nombre de récepteurs , d’émetteurs, lampes etc…
En 1945, cette société commercialisa un radiogoniomètre mobile ondes courtes dénommé RG1, assez peu connu, qui équipa notamment pendant quelques décennies les services français chargés de la localisation d’émetteurs clandestins opérant sur le territoire français.
LE RG1 et son cadre-boucle rotatif (diam. 35cm)
L’appareil est facilement transportable et peut être monté à bord d’un véhicule.
L’ensemble comprend un récepteur, un cadre rotatif, une antenne auxiliaire de lever de doute de 2 mètres montée sur un piquet planté dans le sol, un boitier d’alimentation externe ( convertisseur) , alimenté par une batterie de 8 volts, qui fournit les tensions nécessaires ( BT, HT, polar.), un casque d’écoute, un compas, un lot de câblage ; cet ensemble pèse 29,1kg.
Le récepteur seul pèse 16,5kg et ses dimensions sont : 44x35x24 cm.
Alimentation ( 26x21x10cm)
Ce radiogoniomètre à cadre tournant permet l’écoute des émissions en A1, A2 et A3 de 1,35 à 17 MHz, en quatre sous-gammes. C’est un superhétérodyne équipé de 6 tubes : R219 (HF), ECH3 (Osc. mélangeur), EBF2 (ampli MF 472 KHz), EBF2 ( 2ème ampli MF 472 KHz), EBF 2 ( détecteur-ampli BF), ECH3 ( BFO).
Shéma du RG1cliquer pour agrandir
Face avant du RG1
La notice de 45 pages (notice n°10 SVT 646) de ce radiogoniomètre précise que les meilleurs résultats seront obtenus en travaillant uniquement avec l’onde directe de l’émetteur à localiser qui ne devra pas être situé à plus de 25 km.
PETITE HISTOIRE DES TRANSMISSIONS MILITAIRES
EN FRANCE DE 1793 A NOS JOURS
Chef de Bataillon (H) Christian CHEFNAY F9WT
1er juin 2007 : l’Arme des Transmissions fête ses 65 années d’existence
Les transmissions ont une longue histoire dans notre pays.
En 1793, la Convention confie au Ministère de la Guerre la responsabilité des liaisons par télégraphe CHAPPE. En 1798 est créée l’Administration des Télégraphes, relevant du Ministère de l’Intérieur, qui détache auprès des armées les moyens nécessaires en cas de besoin. En 1867, un Service Télégraphique aux Armées est institué, puis en 1875 c’est à nouveau l’Administration des Télégraphes qui a en charge les transmissions militaires et dont une partie des personnels est militarisée en cas de guerre ( unités de « La bleue » dont l’uniforme est bleu foncé et bleu clair).
En 1900, une nouvelle répartition des responsabilités confie à l’Arme du Génie les transmissions en avant des PC d’armée et celles de l’arrière à l’Administration des PTT qui a succédé à l’Administration des Télégraphes.
C’est l’année de la création au Mont Valérien, près de Paris, du 24 ème bataillon de sapeurs télégraphistes - dont l’effectif est de 630 hommes répartis en 6 compagnies - au sein du 5ème régiment de Génie.
A cette époque, étaient utilisés le télégraphe électrique filaire, dont la construction et l’exploitation incombaient à l’administration des Postes et Télégraphes , le télégraphe optique, les pigeons voyageurs.
En 1910 , est créée au sein du 24ème bataillon de sapeurs télégraphistes une compagnie de radiotélégraphistes
Campagne du Maroc, poste mobile
.En 1913, ce bataillon se transforme en 8ème régiment de Génie. C’est la seule unité de sapeurs télégraphistes de l’Armée Française.
En 1918, son effectif est de 55.000 hommes, dont 1000 officiers. En fait, les hommes de toutes les unités télégraphistes de l’armée française, au nombre de 212, portent l’insigne du « 8 ème », mais les trois quarts proviennent d’autres armes et n’ont jamais été instruits par le 8 ème Génie.
En 1939, l’organisations et les moyens des transmissions n’ont subi que peu de changements par rapport à ceux de la première guerre mondiale.
En mai 1940, l’évidence de l’insuffisance de ces moyens dans un conflit moderne impose l’étude d’une sérieuse réforme qui débouche, en 1942, sur la création de l’Arme des Transmissions.
1er Juin 42 : En France occupée, c’est au sein de l’armée de l’armistice que naît l’Arme des Transmissions. Moins de 6 mois après, le débarquement allié en Afrique du nord entraîne en France l’invasion de la zone libre par l’armée allemande et la fin de l’armée française de l’armistice. Néanmoins, à Alger, le général MERLIN prend en main la destinée de l’Arme des Transmissions. Il créé notamment le corps féminin des transmissions, privilégiant ainsi l’engagement des hommes au combat. Ces « merlinettes », comme on les appelait à l’époque, participèrent aux campagnes d’Italie, de France et d’Allemagne.
C’est en 1944-1945 que les transmissions acquièrent les structures qui lui confèrent réellement le rang d’une arme à part entière.
Le 1er décembre 1944 est créée l’Ecole Militaire et d’Application des Transmissions à Montargis, ville située à une centaine de km au sud de Paris.
Avril 1945 : création de la Direction et de l’Inspection des Transmissions à Paris.
En 1947, création du 8ème régiment de Transmissions, basé au Mont Valérien, dont le drapeau porte la devise : « Tu es l’ancien, sois le meilleur »
Une date importante pour cette arme , le 12 janvier 1951 : Le pape Pie XII décide de faire de l’archange Gabriel le saint patron des Transmissions. Il est célébré chaque année dans les troupes le 29 septembre.
1946-1962. cette période voit l’émergence des moyens mobiles et sécurisés, durant les guerres d’Indochine et d’Algérie où sont mis en place des réseaux de faisceaux hertziens qui permettent de réaliser l’ossature territoriale des moyens de transmissions. En Algérie, apparaît pour la première fois un système de transmissions global combinant l’emploi de la télégraphie et de la téléphonie par interpénétration des supports hertzien, radio et filaire.
1949 voit en Indochine la création de la Compagnie Autonome d’Ecoute et de Radio Goniométrie, faisant ainsi prendre à la guerre électronique une nouvelle dimension, qui ira en croissant au cours des décennies suivantes.
Cette phase de montée en puissance dans les équipements et les systèmes de mise en oeuvre a permis à l’Arme des Transmissions de s’affirmer et de devenir l’arme du commandement.
1962-1977. Cette période voit la naissance du RITTER ( Réseau d’Infrastructure des Transmissions de l’Armée de Terre ) qui permet de disposer de lignes militaires, indépendantes des circuits PTT, pour activer la DOT, c’est à dire la Défense Opérationnelle du Territoire. De nouvelles unités de guerre électronique sont créées à cette époque.
1983.C’est la naissance du RITA, Réseau Intégré de Transmissions Automatiques, système souple d’emploi, sûr, entièrement numérisé et automatique, qui permet à la radiotéléphonie de faire son entrée dans les systèmes militaires, en avance sur la radiotéléphonie civile. Ce système répond aux nouvelles exigences de l’extrême mobilité de la manoeuvre, à la puissance des feux et aux délais de réaction très courts. Ce système séduit d’ailleurs l’armée américaine qui, en 1985, adopte cette technologie de commutation.
1987-1992. C’est le lancement du programme de numérisation du RITTER et la mise en place d’un RITA fixe destiné au haut-commandement national. C’est aussi la mise en service opérationnel du Réseau de Transport des Informations Numérisées, compatible avec le réseau civil Transpac. C’est également la mise en service du Système de Guerre Electronique de l’Avant (SGEA), qui permet de réaliser un ensemble de localisation par densité des émissions ennemies.
1992- Cette année est le début d’une période de mutation profonde , particulièrement axée sur la recherche de la maîtrise de l’information. Les enseignements tirés de la guerre du golfe font s’accroître l’interconnexion entre les composantes tactiques et stratégiques qui permet de disposer d’un système unique et global de transmissions depuis le théatre d’opérations jusqu’à la métropole, grâce à l’apport du système SYRACUSE utilisant le satellite.
1996-2004. Cette période est marquée par une forte interarmisation des domaines de compétences transmissions et par l’adoption des technologies les plus modernes.
C’est le regroupement des réseaux des trois armées- terre, air, marine- par le système SOCRATE ( Système Opérationnel Constitué des Réseaux des Armées par les Télécommunications). C’est aussi la période des études pour l’élaboration de drones de guerre électronique .
Au fil de ses soixante cinq années d’existence, l’Arme des Transmissions a acquis sa notoriété en sachant intégrer les technologies nouvelles, faisant évoluer les systèmes vers la mise en oeuvre d’un dispositif unique et global pour mieux satisfaire les besoins du commandement.
Actuellement, l’Arme des Transmissions, en chiffres, c’est 11700 militaires et 2800 civils, soit 8,5 % de l’armée de terre. C’est 25 métiers de spécialistes, c’est 60 garnisons spécifiques dont 11 régiments de Transmissions.
Mais l’historique des transmissions militaires ne peut être fait sans parler du général Gustave FERRIE et sans lui rendre un profond hommage.
Gustave FERRIE, né en 1868 à Saint-Jean de Maurienne, ingénieur de l’école Polytechnique, commence sa carrière militaire comme sous-lieutenant du Génie à 21 ans, où il rejoint rapidement le service de la Télégraphie Militaire. Passionné de TSF, il suit les expériences du professeur Edouard BRANLY à Paris sur les radio- conducteurs et les
essais des premières liaisons hertziennes réalisées par MARCONI. Il devient le spécialiste incontesté de la TSF auprès du commandement militaire et invente le détecteur électrolytique, très supérieur au cohéreur de Branly.
Avec une énergie et une persévérance admirable, le Gal FERRIE arriva en quelques années à organiser la Radiotélégraphie Militaire, qui s’est trouvée, à la veille de la guerre de 1914, en état de jouer le grand rôle qui fut le sien.
La lampe TM - schéma de principe
Le développement des grands postes à étincelles et à arcs, l’utilisation des ondes amorties et entretenues, l’étude et la fabrication en série des lampes à trois électrodes , dites à l’époque lampes TM ( Télégraphie Militaire), fabriquées en France à plus d’un million d’exemplaires durant la guerre de 1914-1918 pour équiper les postes des armées françaises et alliées, le perfectionnement de la radiogoniométrie, les premières réalisations des communications hertziennes radiotéléphoniques, qui, quelques années plus tard allaient permettre le développement de la radiodiffusion : telles sont les grandes étapes de cette véritable épopée dans laquelle le général FERRIE joua un rôle décisif.
Organisation du centre radioélectrique de Paris
Pour terminer, savez-vous que si la tour Eiffel est toujours là, au Champs de Mars , c’est grâce au Général FERRIE et à la radio ? En effet, construite à l’occasion de l’exposition universelle de 1889, la tour EIFFEL devait être démontée. C’est grâce aux premiers essais de liaisons hertziennes réalisées par DUCRETET, puis par la suite par l’armée qui s’en servie comme support des antennes filaires de la station militaire installée au Champ de Mars, qu’elle put être sauvée. La station de la tour Eiffel , dont l’indicatif fut F L, fut la station principale du réseau radio de la première guerre mondiale. C’est la station de la tour Eiffel qui capta et déchiffra les messages radio allemands qui permirent d’identifier l’agent secret H 21, c’est à dire MATA-HARI !
Vue intérieure de la station du champ de Mars à la fin de la Grande Guerre
Bibliographie et photos : Le Général Ferrié et la naissance des Transmissions ( Michel Amoudry) – Historique des Transmissions de l’Armée de Terre ( Général Blondé) – Transmissions Magazine ( Ecole Supérieure d’Application des Transmissions) .
Les chefs qui, depuis de nombreuses années, sont à la tête des armées françaises, ont formé un gouvernement. Ce gouvernement, alléguant la défaite de nos armées, s’est mis en rapport avec l’ennemi pour cesser le combat.
Certes, nous avons été, nous sommes, submergés par la force mécanique, terrestre et aérienne, de l’ennemi.
Infiniment plus que leur nombre, ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands qui nous font reculer. Ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands qui ont surpris nos chefs au point de les amener là où ils en sont aujourd’hui.
Mais le dernier mot est-il dit ? L’espérance doit-elle disparaître ? La défaite est-elle définitive ? Non !
Croyez-moi, moi qui vous parle en connaissance de cause et vous dis que rien n’est perdu pour la France. Les mêmes moyens qui nous ont vaincus peuvent faire venir un jour la victoire.
Car la France n’est pas seule ! Elle n’est pas seule ! Elle n’est pas seule ! Elle a un vaste Empire derrière elle. Elle peut faire bloc avec l’Empire britannique qui tient la mer et continue la lutte. Elle peut, comme l’Angleterre, utiliser sans limites l’immense industrie des États-Unis.
Cette guerre n’est pas limitée au territoire malheureux de notre pays. Cette guerre n’est pas tranchée par la bataille de France. Cette guerre est une guerre mondiale. Toutes les fautes, tous les retards, toutes les souffrances, n’empêchent pas qu’il y a, dans l’univers, tous les moyens nécessaires pour écraser un jour nos ennemis. Foudroyés aujourd’hui par la force mécanique, nous pourrons vaincre dans l’avenir par une force mécanique supérieure. Le destin du monde est là.
Moi, Général de Gaulle, actuellement à Londres, j’invite les officiers et les soldats français qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s’y trouver, avec leurs armes ou sans leurs armes, j’invite les ingénieurs et les ouvriers spécialistes des industries d’armement qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s’y trouver, à se mettre en rapport avec moi.
Quoi qu’il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s’éteindre et ne s’éteindra pas.
Demain, comme aujourd’hui, je parlerai à la Radio de Londres.
appel 22 juin 1940
Le gouvernement français, après avoir demandé l’armistice, connaît maintenant les conditions dictées par l’ennemi.
Il résulte de ces conditions que les forces françaises de terre, de mer et de l’air seraient entièrement démobilisées, que nos armes seraient livrées, que le territoire français serait totalement occupé et que le Gouvernement français tomberait sous la dépendance de l’Allemagne et de l’Italie.
On peut donc dire que cet armistice serait, non seulement une capitulation, mais encore un asservissement.
Or, beaucoup de Français n’acceptent pas la capitulation ni la servitude, pour des raisons qui s’appellent l’honneur, le bon sens, l’intérêt supérieur de la Patrie.
Je dis l’honneur ! Car la France s’est engagée à ne déposer les armes que d’accord avec ses Alliés. Tant que ses Alliés continuent la guerre, son gouvernement n’a pas le droit de se rendre à l’ennemi. Le Gouvernement polonais, le Gouvernement norvégien, le Gouvernement hollandais, le Gouvernement belge, le Gouvernement luxembourgeois, quoique chassés de leur territoire, ont compris ainsi leur devoir.
Je dis le bon sens ! Car il est absurde de considérer la lutte comme perdue. Oui, nous avons subi une grande défaite. Un système militaire mauvais, les fautes commises dans la conduite des opérations, l’esprit d’abandon du Gouvernement pendant ces derniers combats, nous ont fait perdre la bataille de France. Mais il nous reste un vaste Empire, une flotte intacte, beaucoup d’or. Il nous reste des alliés, dont les ressources sont immenses et qui dominent les mers. Il nous reste les gigantesques possibilités de l’industrie américaine. Les mêmes conditions de la guerre qui nous ont fait battre par 5 000 avions et 6 000 chars peuvent nous donner, demain, la victoire par 20 000 chars et 20 000 avions.
Je dis l’intérêt supérieur de la Patrie ! Car cette guerre n’est pas une guerre franco-allemande qu’une bataille puisse décider. Cette guerre est une guerre mondiale. Nul ne peut prévoir si les peuples qui sont neutres aujourd’hui le resteront demain, ni si les alliés de l’Allemagne resteront toujours ses alliés. Si les forces de la liberté triomphaient finalement de celles de la servitude, quel serait le destin d’une France qui se serait soumise à l’ennemi ?
L’honneur, le bon sens, l’intérêt de la Patrie, commandent à tous les Français libres de continuer le combat, là où ils seront et comme ils pourront.
Il est, par conséquent, nécessaire de grouper partout où cela se peut une force française aussi grande que possible. Tout ce qui peut être réuni, en fait d’éléments militaires français et de capacités françaises de production d’armement, doit être organisé partout où il y en a.
Moi, Général de Gaulle, j’entreprends ici, en Angleterre, cette tâche nationale.
J’invite tous les militaires français des armées de terre, de mer et de l’air, j’invite les ingénieurs et les ouvriers français spécialistes de l’armement qui se trouvent en territoire britannique ou qui pourraient y parvenir, à se réunir à moi.
J’invite les chefs et les soldats, les marins, les aviateurs des forces françaises de terre, de mer, de l’air, où qu’ils se trouvent actuellement, à se mettre en rapport avec moi.
J’invite tous les Français qui veulent rester libres à m’écouter et à me suivre.
Vive la France libre dans l’honneur et dans l’indépendance !